La santé et les dépistages
Trois sigles reviennent sur toutes les fiches de nos chats : HCM, PKD, N/N. Voici ce qu’ils désignent réellement, ce qu’ils garantissent, et surtout ce qu’ils ne garantissent pas — jusqu’à l’état des lieux de notre propre chatterie, en bas de page, y compris ce qui n’y est pas encore fait.
La HCM, ou cardiomyopathie hypertrophique
C’est la maladie cardiaque la plus fréquente chez le chat, toutes races confondues et chats sans pedigree compris. Le muscle du ventricule gauche s’épaissit, le cœur se remplit moins bien, et la maladie reste le plus souvent silencieuse jusqu’à l’accident : insuffisance cardiaque aiguë, œdème pulmonaire, ou thrombose artérielle. C’est ce caractère muet qui la rend redoutable — un chat peut sembler parfaitement bien portant la veille.
Il existe une forme héréditaire de HCM propre au Ragdoll. La mutation responsable a été identifiée en 2007 dans un gène appelé MyBPC3, sous le nom de R820W. Un point mérite d’être souligné parce qu’il induit régulièrement en erreur : le Maine Coon a lui aussi une mutation sur ce même gène, mais à une position différente (A31P). Les deux tests ne sont pas interchangeables — un test Maine Coon ne détecte pas la mutation du Ragdoll, et inversement. Un éleveur qui présente un test « HCM » sans préciser lequel n’a rien prouvé.
Le test génétique distingue trois situations :
- N/N — le chat ne porte pas la mutation. Il ne développera pas cette forme héréditaire de HCM et ne la transmet pas.
- N/MyBPC3 — hétérozygote, une seule copie mutée. Le chat est à risque de développer la maladie et la transmet statistiquement à la moitié de sa descendance.
- MyBPC3/MyBPC3 — homozygote muté, deux copies. Risque très élevé, et transmission à 100 % de la descendance.
La mutation n’est pas anecdotique dans la race : les estimations publiées tournent autour de 15 à 20 % de porteurs. Le Conseil scientifique du LOOF recommande de tester génétiquement et d’échographier tous les Ragdoll avant leur mise à la reproduction, et déconseille de faire reproduire un chat hétérozygote.
C’est le point le plus important de cette page, et le plus souvent passé sous silence dans les annonces. Le test génétique ne cherche qu’une seule mutation. Un chat N/N est indemne de cette forme héréditaire — il n’est pas indemne de HCM.
La maladie peut survenir par d’autres mécanismes génétiques non encore identifiés, ou pour des causes secondaires. C’est précisément pour cette raison que le LOOF ne recommande pas le test seul, mais le test et l’échocardiographie complétée par un Doppler, réalisée par un vétérinaire spécialisé. Le génétique se fait une fois pour la vie ; l’échographie se répète, parce qu’une HCM est une maladie de l’adulte qui peut apparaître des années après un premier examen normal.
Si un éleveur vous montre un test génétique N/N et rien d’autre, la bonne question est : « et l’échographie cardiaque, elle date de quand ? »
La PKD, ou polykystose rénale
La polykystose rénale est une maladie héréditaire dans laquelle des kystes se forment dans les reins et grossissent lentement, jusqu’à compromettre la fonction rénale. Elle est liée à une mutation du gène PKD1, de transmission autosomique dominante : une seule copie mutée suffit pour que le chat soit atteint, et un chat porteur transmet la mutation à la moitié de sa descendance en moyenne.
Historiquement associée au Persan et aux races qui en descendent, elle concerne le Ragdoll par son ascendance — les chats fondateurs de la race, dans la Californie des années 1960, comportaient des sujets de type persan. C’est pour cela qu’elle figure au dépistage standard chez nous, même si elle y est moins fréquente que la HCM.
Deux outils, complémentaires là encore : le test génétique, qui donne un statut définitif dès le chaton, et l’échographie rénale, qui visualise les kystes mais ne devient fiable qu’à partir d’un certain âge. Un statut N/N sur PKD1 est solide — la mutation est bien caractérisée et il n’existe pas, ici, la même incertitude que sur la HCM.
Les groupes sanguins : le dépistage dont personne ne parle
Celui-ci ne figure presque jamais sur les annonces, et c’est pourtant le seul dont l’oubli peut tuer une portée entière dans les quarante-huit premières heures. Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette page, ce serait ce paragraphe.
Le chat possède trois groupes sanguins dans le système AB : A, B et AB, ce dernier étant très rare. L’allèle A domine l’allèle b. Un chat de groupe A peut donc être soit A/A, soit A/b — porteur silencieux. Un chat de groupe B est forcément b/b.
La conséquence est contre-intuitive et elle est décisive : deux chats de groupe A peuvent produire un chaton de groupe B, s’ils sont tous deux A/b. « Les deux parents sont A » ne suffit donc pas à écarter le risque pour la génération suivante.
Deuxième particularité féline : contrairement à l’humain, le chat possède naturellement des anticorps contre le groupe qu’il n’a pas, sans avoir jamais été exposé. Environ 70 % des chats de groupe B ont des anticorps anti-A circulants, y compris une chatte qui n’a jamais eu de portée.
Le scénario est le suivant. Une chatte de groupe B est saillie par un mâle de groupe A. Une partie des chatons naît de groupe A. À la naissance, ils tètent le colostrum — riche en anticorps maternels, et l’intestin du nouveau-né est perméable pendant les premières heures. Les anticorps anti-A de la mère passent dans le sang des chatons et détruisent leurs globules rouges.
L’évolution peut être foudroyante et sans signe d’alerte : des chatons nés vigoureux qui dépérissent en quelques heures. C’est une des causes du « syndrome du chaton dépérissant », et elle est entièrement évitable.
La prévention tient en une ligne : typer les reproducteurs avant la saillie. Si le couple est à risque, deux options existent — choisir un autre mâle, ou séparer les chatons de leur mère et les nourrir artificiellement pendant les 72 premières heures, le temps que la fenêtre d’absorption intestinale se referme. Le typage des chatons peut se faire sur le sang du cordon, avant la première tétée.
Le groupe A domine largement dans l’espèce. La fréquence du groupe B varie fortement selon les pays — de 0 % en Finlande à 15 % en France et 26 % en Australie — et surtout selon les races : 0 % chez le Sacré de Birmanie et le Siamois, contre 41 % chez le Devon Rex, 40 % chez le British Shorthair et 34 % chez le Cornish Rex.
Le Ragdoll est régulièrement cité parmi les races où le groupe B est présent, mais nous n’avons trouvé aucun chiffre solide et récent pour la race en France. Les études publiées portent sur d’autres races, et les sources qui citent le Ragdoll ne donnent pas leur méthode.
Cette incertitude ne change rien à la conduite à tenir — elle la renforce. Une prévalence de race ne dit rien d’un chat en particulier : c’est l’individu qu’on type, pas la race. Et comme un chat A peut être A/b, seul un typage génétique révèle le statut de porteur.
Où nous en sommes, précisément
Un éleveur qui écrit « parents testés » sans expliquer de quoi il parle demande qu’on lui fasse confiance sur parole. Nous préférons donner la matière pour vérifier, et écrire l’état réel plutôt qu’une formule rassurante. Voici la situation à ce jour.
- Les parents de nos reproducteurs sont testés N/N pour la HCM et la PKD. Sur les fiches de Bijou et Brontë, nous avons choisi de garder cette information sous une forme volontairement simple et lisible.
- Brontë a été testée en septembre 2026. Panel génétique complet : 49 maladies recherchées, aucune trouvée — ni atteinte, ni porteuse. Le détail est plus bas sur cette page, et les résultats sont consultables publiquement ↗. Un statut N/N chez les deux parents rendait la mutation R820W très improbable chez elle, mais improbable n’est pas exclu : c’est le chat lui-même qu’on teste, et c’est fait.
- Bijou a été testé en septembre 2026, sur le même panel et dans le même laboratoire. Résultat identique : 49 maladies recherchées, aucune trouvée — ni atteint, ni porteur. Le détail est plus bas sur cette page, et les résultats sont consultables publiquement ↗. Nos deux reproducteurs sont donc dépistés sur leur propre ADN, et non sur celui de leurs parents.
- Le groupe sanguin : la question est close des deux côtés. C’est ici que la nuance A/A contre A/b prend tout son sens : savoir qu’un chat « est de groupe A » ne suffit pas, il faut savoir s’il est porteur. Les deux typages sont faits, sur le gène CMAH : Brontë est A/A, Bijou est A/A. Aucun des deux n’est porteur de l’allèle b. Le scénario d’isoérythrolyse décrit plus haut est donc fermé pour ce couple — et leurs chatons ne pourront être ni de groupe B, ni porteurs.
- L’échocardiographie viendra compléter le génétique, et sera renouvelée pendant toute la carrière de reproduction — un test génétique ne se refait pas, une échographie si.
Nos premières portées sont attendues en 2027. D’ici là, rien ne presse : ces examens seront faits avant, pas après. Cette page sera mise à jour au fur et à mesure, et les résultats reportés sur les fiches individuelles.
Les résultats de Brontë, en détail
Brontë a été testée en septembre 2026 sur le panel ADN félin de Wisdom Panel — le laboratoire finlandais Genoscoper, celui-là même qui opère MyCatDNA en Europe. 49 maladies génétiques, 29 caractères, groupe sanguin et diversité génétique. Aucune anomalie détectée : elle n’est ni atteinte ni porteuse d’aucune des 49 maladies recherchées.
Le panel couvre les deux mutations qui comptent chez le Ragdoll — la HCM du Ragdoll (MYBPC3 R820W) et la PKD — ainsi que la HCM du Maine Coon, le déficit en pyruvate kinase, les mucopolysaccharidoses de types I, VI et VII, la cystinurie, l’hémophilie B et la sensibilité médicamenteuse MDR1.
Groupe sanguin A, génotype A/A. C’est ce que laissait espérer le typage de sa mère, et c’est confirmé : elle n’est pas porteuse de l’allèle b. Le scénario d’isoérythrolyse décrit plus haut lui est fermé, pour elle comme pour ses futurs chatons, quel que soit le groupe du mâle.
Diversité génétique : 35 % d’hétérozygotie, dans la moyenne de la race — la fourchette habituelle du Ragdoll va de 32 à 37 %. Ce chiffre ne se lit pas seul : il vaut surtout comparé à celui du partenaire, puisque c’est l’écart entre deux lignées qui fait la diversité d’une portée, pas la valeur d’un seul chat.
Côté couleurs, le test confirme ce que le pedigree laissait attendre : deux copies du colorpoint siamois, deux copies du blanc, deux copies du poil long, et une seule copie du non-agouti — d’où son patron tabby. Il établit surtout ses deux allèles récessifs, l’un et l’autre prévisibles par filiation : porteuse chocolat par son père, chocolat tabby point mitted, et porteuse dilution par sa mère, blue tabby bicolore — une mère bleue est d/d et transmet forcément l’allèle dilué. Le pedigree les annonçait, le test les établit : c’est ce qui sépare une déduction d’un fait vérifié. Ce sont ces deux allèles qu’il faudra confronter à ceux du mâle dans nos futurs mariages.
Le rapport complet, test par test, est consultable librement ↗ — nous n’en publions pas un résumé choisi, mais la page telle que le laboratoire la rend. Une échocardiographie complétera ce suivi avant toute reproduction : un test génétique n’exclut pas, à lui seul, une HCM.
Les résultats de Bijou, en détail
Bijou a été testé en septembre 2026, sur le même panel que Brontë et dans le même laboratoire : Wisdom Panel, c’est-à-dire le finlandais Genoscoper, celui-là même qui opère MyCatDNA en Europe. 49 maladies génétiques, 29 caractères, groupe sanguin et diversité génétique. Aucune anomalie détectée : il n’est ni atteint ni porteur d’aucune des 49 maladies recherchées.
Le panel couvre les deux mutations qui comptent chez le Ragdoll — la HCM du Ragdoll (MYBPC3 R820W) et la PKD — ainsi que la HCM du Maine Coon, le déficit en pyruvate kinase, les mucopolysaccharidoses de types I, VI et VII, la cystinurie, l’hémophilie B et la sensibilité médicamenteuse MDR1.
Groupe sanguin A, génotype A/A. C’est le résultat qui change le plus de choses pour la suite, parce qu’il se lit à deux : Brontë est A/A, Bijou est A/A. Aucun des deux ne porte l’allèle b, donc aucun de leurs chatons ne pourra être de groupe B — ni même en être porteur. L’isoérythrolyse néonatale, décrite plus haut, est entièrement hors de portée de ce couple. Ce n’est pas une déduction de race ni une probabilité : c’est le typage des deux individus.
Diversité génétique : 34 % d’hétérozygotie, dans la moyenne de la race — la fourchette habituelle du Ragdoll va de 32 à 37 %. Brontë est à 35 %. Deux chiffres moyens, et c’est normal : cette valeur se lit mal seule. Ce qui fera la diversité d’une portée, c’est l’écart entre les deux lignées, pas la note individuelle de chaque parent — d’où le calcul du coefficient de consanguinité sur l’ascendance commune, que nous faisons avant chaque mariage.
Côté couleurs, le test confirme ce que sa robe annonce : deux copies du colorpoint siamois, deux copies du blanc, deux copies du non-agouti — d’où l’absence de marques tabby, contrairement à Brontë qui n’en a qu’une — et un poil long. Le point important est ailleurs, dans ce qu’il n’a pas : aucun allèle récessif de couleur. Ni chocolat, ni dilution, ni cinnamon.
Mis en face des deux récessifs de Brontë, cela se traduit simplement. Elle est porteuse chocolat et porteuse dilution ; lui ne l’est ni de l’un ni de l’autre. Leurs chatons ne pourront donc être ni chocolat ni bleus — il faut deux copies pour qu’un récessif s’exprime, et Bijou n’en fournira aucune — mais environ la moitié d’entre eux en seront porteurs, sans que cela se voie. Dit autrement : pour faire naître du blue bicolore chez nous, il faudra un autre partenaire que Bijou. Nous préférons l’écrire que le laisser découvrir. Et comme il est homozygote non-agouti quand elle ne l’est qu’à moitié, on attend environ un chaton tabby point sur deux.
Le rapport complet, test par test, est consultable librement ↗ — comme celui de Brontë, nous n’en publions pas un résumé choisi, mais la page telle que le laboratoire la rend. Une échocardiographie complétera ce suivi avant toute reproduction : un test génétique n’exclut pas, à lui seul, une HCM.
Sources
Un mot de cadrage : nous ne sommes pas vétérinaires. Tout ce qui précède s’appuie sur les recommandations du Conseil scientifique du LOOF et sur la littérature vétérinaire référencée ci-dessous. Pour un cas particulier, c’est votre vétérinaire qui décide.
Conseil scientifique du LOOF — Recommandations concernant la myocardiopathie hypertrophique du Ragdoll · LOOF — Fiche HCM · UC Davis Veterinary Genetics Laboratory — Ragdoll HCM (mutation R820W, Meurs et al. 2007) · CHV Frégis — Isoérythrolyse néonatale chez le chat · Le Point Vétérinaire — Focus sur l’isoérythrolyse néonatale. Nous ne sommes pas vétérinaires : cette page vulgarise des recommandations publiées, elle ne remplace pas un avis clinique.
Pour aller plus loin
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